Le photographe de la semaine est une excellente découverte, cette fois c’est une photographe bien sensible dans sa créativité féminine ; elle s’appelle Khouloud El Jazouli Facebook et elle nous vient de Rabat. On peut dire que c’est la Ben Heine marocaine, côté talent il y a de quoi : admirez son travail ICI. Je n’ai jamais pris autant de plaisir à mener une interview comme il m’est arrivé cette fois avec notre photographe de la semaine. Elle sait user des mots justes pour exprimer sa passion pour la photographie ; une artiste est en train de constituer son monde et on ne peut que lui souhaiter une très grande réussite dans ce qu’elle a entreprend. Son travail artistique, mélange à la fois de dessin et de photographie, m’a beaucoup marqué, un grand écart que peu d’artistes peuvent réussir avec une aussi insolente audace. Sans plus attendre je vous laisse avec son interview, un déclic est né entre la poésie, le dessin et la photographie ; triple plaisir ! Bonne lecture.

Apprendre photographie : Parle nous de Khouloud la photographe !
Khouloud : 1994, née à Rabat dans un environnement qui s’est toujours nourri d’art et qui s’est promis de donner à cet art toutes ses lettres de noblesse. J’ai un regard avant tout humain, curieux… Je suis dotée d’une imagination débordante, je possède un œil qui capte et un objectif qui retranscrit. Je me nomme boîte à outils : Je joue de la musique, je dessine, je peins et je photographie. Je suis un être qui essaye de raconter des histoires en une fraction de seconde. Mon but est de ressortir la beauté d’un endroit banal et de la sublimer. J’utilise la photo pour pénétrer des univers qui m’attirent, me fascinent et me ressemblent. Parfois, ça m’arrive de perfectionner mes clichés avec une couche de crayon, cela me permet de mélanger mes deux arts : La photographie et le dessin. Ma passion pour la photo, mon envie de découvrir et ma soif de créativité m’ont plongé dans ce monde comme une quête personnelle de liberté.

Apprendre photographie : Comment a débuté ta passion pour la photographie ?
Khouloud : Il était une fois, mon appareil photo et moi. Une histoire d’amour a commencé… Mon début, si j’ose dire, sort un peu de l’ordinaire. Vous l’aurez sûrement compris : Mon histoire, contrairement aux autres, n’avait donc pas commencé depuis ma tendre enfance ou depuis que j’ai reçu mon premier appareil photo, etc, etc… Incroyable mais vrai, c’était à l’âge de 15 ans, au lycée, quand un professeur de physique s’est absenté pour la première fois durant toute l’année scolaire. La photo m’avait donc servi comme remède contre l’ennui. Entourée par une bande d’amis très intéressante, ils ont donc réussi le rôle de modèles avec succès, et bien sûr, je me prenais pour la petite photographe. Et c’est juste après que je m’étais éblouie par les portraits que j’ai pu réaliser. Finalement, j’ai décidé de ne pas arrêter et de continuer.
Apprendre photographie : Entre dessin et photographie, qui commande qui ?
Khouloud : Entre dessin et photographie, c’est la pagaille. Pour être honnête, c’est la photographie qui gouverne. Je n’utilise le dessin que pour ajouter une touche personnelle à mes photos et pour faire fusionner la réalité avec ma propre imagination. Le résultat est à la fois original et captivant.

Apprendre photographie : Comment fais-tu pour t’inspirer ?
Khouloud : L’inspiration me vient en travaillant. Je vis le moment même et je me procure du plaisir en essayant toutes les idées qui me traversent l’esprit. À par ça, je m’amuse à visiter régulièrement des portfolios de photographes professionnels et quelques sites de partage photo, notamment DevianArt et Flickr.
Apprendre photographie : Comment vois-tu l’expression photographique marocaine, l’état des lieux de la photographie marocaine ?
Khouloud : La photographie au Maroc a beaucoup évolué durant ces dernières années. Un pays avec de beaux paysages, beaucoup de montagnes, des écarts élevés entre ombres et lumières, des rues étroites où la lumière tamisée pénètre difficilement et des habitants dynamiques… C’est un défi très intéressant. Expositions, reportages documentaires, qualité, diversité, fraîcheur, finesse, splendeur des tirages marocains parlants, les arguments témoignant de la richesse de la photographie marocaine ne manquent pas.
Apprendre photographie : Le ou les photographes qui t’ont marquée, parle-nous d’eux.
Khouloud : Depuis que je pratique la photographie, j’ai été marquée par un grand nombre de photographes marocains et étrangers. Mais je voudrais vous parler aujourd’hui d’une photographe particulière, marocaine bien sûr, une aventurière qui m’a tant attiré avec ses clichés provoquant et aspirants. Leila Ghandi a toujours su faire vibrer ma corde la plus sensible. Née à Casablanca, dans un environnement qui lui a donné l’envie de prendre en main son destin et la liberté de suivre sa route, elle a choisi de parcourir le monde en solitaire dès l’âge de 15 ans avec son appareil photo, sa caméra et son stylo pour dresser un portrait humain et raconter à sa façon l’histoire des différents peuples autour du monde. Et voilà donc une vie dont j’ai toujours rêvé ! Elle est aujourd’hui écrivain, photographe, et réalisatrice indépendante spécialisée dans le portrait documentaire. Ses photographies font l’objet d’expositions à travers le monde, de la galerie 127 de Marrakech jusqu’à l’Artlounge de Beyrouth et ses films documentaires sont diffusés à la télévision marocaine. Elle est l’auteur de « Chroniques de Chine », un recueil de textes et de photographies très éblouissant, que je vous conseille d’ailleurs de feuilleter, publié au Maroc et à l’étranger.
Apprendre photographie : Histoire d’une photographie.
Khouloud : Un été chaleureux, pendant que je me promenais dans les petites rues d’Asilah, mon bijou au cou, plusieurs sujets avaient attirés mon attention. Je me régalais à photographier tout et rien. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans cet endroit. Grande admiratrice d’architecture marocaine que je suis, j’ai adoré l’ossature de cette place. Je me suis mise à photographier la belle porte artisanal qui représente l’arrière plan de ma photo et c’est ainsi que j’ai fait la connaissance de ce beau couple. Petit flash-back : à un certain moment deux personnes se sont présentées et je les ai laissées passer devant. Il s’est avéré que le Monsieur est un vieux photographe. J’ai beaucoup hésité avant de lever mon appareil photo, ayant peur de ne pas respecter leur vie privée. Je n’ai pas pu m’en empêcher et j’ai fini par oser. J’ai pris ce cliché avec une grande vitesse. C’est alors que le Monsieur s’est retourné et me voilà démasquée. Je me suis sentie gênée, il m’a sourit et il s’est présenté avec modestie. Je lui ai montré le cliché et il a adoré. « Ne soyez pas spectatrice, soyez participante. Voulez-vous me prendre en photo avec ma femme s’il vous plait ? » A-t-il dit. Il m’a tendu son appareil photo…
Apprendre photographie : Astuce ou conseil pour les photographes qui nous lisent.
Khouloud : Je vous conseillerais ce que le Monsieur m’a conseillé : Ne soyez pas spectateur, soyez PARTICIPANT ! Pour pratiquer la photographie, il faut apprendre à vaincre sa timidité. Vous ne devrez pas être un simple observateur lointain, vous devez être dans la scène et en faire parti. Photographier signifie se rapprocher de l’espace le plus personnel des gens. S’adapter à cette énergie nécessite une réflexion et une réaction rapides. Ne cachez pas que vous faites de la photographie. Attirer l’attention des gens, éveillez leur curiosité, et captez leur étonnement et leurs regards posés. Je ne fais pas parti de ceux qui pensent que le matériel a une grande importance. En ce qui me concerne, tout appareil convient : Du jetable jusqu’au reflex ! Parfois, il m’arrivait même de prendre des photos avec mon portable quand une scène intéressante se présentait devant mes yeux. Si quelqu’un refuse de se faire photographier, ne le prenez pas en photo. Enfin, souriez, souriez souvent. Parce que l’important, c’est de s’éclater…
Apprendre photographie : Peut-on vivre de la photographie au Maroc, en tant qu’artiste photographe?
Khouloud : Si l’on a du talent, du vrai, alors pourquoi pas ? Vivre de son art est une grande joie, c’est un luxe qui n’est pas donné à tout le monde. N’empêche, cela peut nous amener parfois dans de sombres voies de garage… C’est un peu comme les étoiles, certaines brillent par moments et d’autres passent dans l’obscurité. D’excellents artistes, des photographes marocains entre autres, sont morts dans la misère quand d’autres ont eu un succès mondain et financier. Je dirais alors que c’est question de chance. Pour vivre de la photographie au Maroc, il faut pour cela que le talent soit reconnu et qu’il intéresse des gens qui permettent aux artistes de s’exprimer.
Apprendre photographie : Ta prochaine actualité : exposition, concours ou projet photographique ?
Khouloud : Depuis mon premier essai, j’ai bien aimé ce jeu qui consiste à combiner le dessin et la photographie. J’ai remarqué aussi que mes créations ont attirés plusieurs personnes. C’est pour cela que je travaille actuellement sur ce projet pour l’améliorer. Les prochaines photos seront très épatantes. Je compte aussi participer au Concours National Geographic Abu Dhabi qui est destiné aux pays du monde arabe. Souhaitez-moi bonne chance !
Apprendre photographie : Bonne chance, je te laisse le mot de la fin.
Khouloud : Je profite de ce petit mot pour remercier tout d’abord Apprendre Photographie pour cette initiative, qui permettra aux gens de mieux me connaitre et je lui souhaite une très bonne continuation. Pour finir, j’invite tout les lecteurs à découvrir plus de mes photos pour ressentir tout le plaisir que j’ai pris à les faire. Rejoignez-moi, je vous promets une belle rencontre…