Photographe Zakaria Wakrim,
Flickr.
Le concierge, qui somnolait dans sa loge, assis derrière une sorte de comptoir surélevé, crut soudain entendre des voix. Ou plutôt une seule, fluette et un peu éraillée, à peine audible.
- Pardon…
D’où sortait cette voix ? Il balaya d’un regard encore ensommeillé les murs et le plafond de son royaume. Rien. Personne. Il n’y avait personne dans cette loge, personne d’autre que lui, Miloud, concierge à «Lyautey» depuis des lustres. Il se frotta les yeux, un peu inquiet. Un djinn au lycée français de Casablanca ? Ont-ils le droit ?
- Pardon, monsieur…
Encore ! Miloud, tout à fait réveillé, se leva pesamment de sa chaise, se pencha sur le comptoir et découvrit un enfant – neuf, dix ans ? -, un enfant minuscule qui tentait de se hausser sur la pointe des pieds pour l’apercevoir, lui, Miloud, la première ligne de défense du lycée.
On ne l’avait pas vu entrer, ce lutin. À côté de lui, posée sur le sol, une petite valise marron à la poignée blanche, un peu cabossée, attendait la suite des événements. Miloud, qui était d’une grande sagacité, en déduisit que le lutin était en fait un «interne» : la valise devait contenir le «trousseau» réglementaire : six paires de chaussettes, six caleçons, deux pantalons, six mouchoirs, quatre chemises… En ce début d’octobre, les internes avaient tout le week-end pour effectuer leur «rentrée», avant que les cours ne reprennent, lundi matin. Ce nouveau était bien pressé : on n’était que samedi, en début d’après-midi. Certains, parmi les anciens, arriveraient le dimanche soir, au dernier moment, juste avant l’appel. Les plus blasés attendraient même Y extinction des feux pour faire leur apparition, rigolards, mais munis d’un mot d’excuse, tambourinant à la porte du dortoir… Une année chez les français, Fouad Laroui.